20 février 2024Les couleurs du Bloc
17 novembre 2022, 18 h 15, 1209 boulevard Saint-Laurent. Ce soir, la communauté queer envahit le Café Bloc.
17 novembre 2022, 18 h 15, 1209 boulevard Saint-Laurent. Ce soir, la communauté queer envahit le Café Bloc. Le support à manteau est déjà plein à craquer, bien que l’événement n’ait commencé que quinze minutes plus tôt. Dans le meuble à souliers, les Blundstones négocient leur place entre les Dr. Martens. Les sourires se dévoilent en dénouant les gros foulards de laine. Certain·e·s s’étirent, s’échauffent ou s’attaquent aux murs. De mon côté, je baisse ma tuque pour qu’elle couvre mes oreilles, la clameur s’estompe. Mes pieds se glissent difficilement dans de minuscules souliers, et retrouvent leur contorsion habituelle. Ce soir, je ne suis pas la seule à renouer avec mon sport. Les grimpeur·euse·s ponctuel·elle·s côtoient les habitué·e·s.
En voie comme en bloc, il y a toujours une personne qui est là pour vous rattraper. Cette douceur contribue à créer un environnement accueillant pour la communauté queer.
Sur cette douceur, mention spéciale aux employé·e·s, qui semblent connaitre tout le monde et qui sont, pour plusieurs, le premier visage de l’escalade. Pour cette raison, ils, elles et iels sont une ressource inestimable lorsque vient le temps de trouver sa communauté.
Et oui, c’est vrai qu’on peut trouver ça dans d’autres milieux queers, mais moi, ce que je trouve le fun, c’est que tous·tes ceux.elles qui fréquentent son centre d’escalade ont participé à ce recalibrage. Queers ou non. Juste parce que ce sont des corps qui grimpent, aussi hétérogènes soient-ils.
On continue de parler. Dès ses débuts, son corps change drastiquement. Pour elle, c’était l’euphorie. L’expérience d’un corps nouveau qu’elle acquiert à la sueur de son front, sans attendre les mille papiers de procédures des médecins. « Ça m’a vraiment permis de confirmer quel corps je veux habiter », me dit-elle en zyeutant les slopers jaunes avec lesquels elle se chicanait tantôt. Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve ça beau ce que Nico m’a dit.
MJ Déziel, qui a lancé le projet Juke Football Collective, constate pendant une entrevue avec Maïté Belmire, collaboratrice au Devoir, que « la communauté queer a la chance de profiter de nombreux lieux nocturnes sécuritaires à Montréal » mais « regrette que les lieux diurnes, liés à un mode de vie plus sain, soient moins nombreux. » Malgré le peu d’archives et la difficulté à dénicher celles qui existent, des recherches sur l’importance des lieux nocturnes pour la communauté LGBTQIA2+ émergent. Ce qu’elles tendent à confirmer, c’est que ces lieux ne pouvaient afficher leur allégeance sur la porte d’entrée en raison des descentes policières fréquentes. Peu de photos et vidéos témoignent de la clientèle éclectique de ces bars, puisque celle-ci voulait demeurer anonyme. Les secrets d’hier laissent des marques aujourd’hui. Et encore, nous pourrions perdre ces safe spaces à tout moment. Regardez seulement ce qui se passe dans les boites de nuit aux États-Unis. Sans vouloir nier l’héritage de la nuit, donc, il est temps de s’approprier le jour, le soleil, nous dit MJ Déziel. Il est temps de travailler à notre santé.